Près de trois ans après le début du conflit au Soudan, les agences des Nations Unies décrivent la situation comme l'une des «violence persistante" et "accès humanitaire restreint« », avertissant que la situation s’est transformée en la plus grande urgence humanitaire au monde.[1]
Alors que les pertes civiles se poursuivent, le conflit est marqué par l'utilisation croissante d'armements sophistiqués. Le 24 mars 2026, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a indiqué que plus de 500 civils avaient été tués par des frappes de drones depuis janvier, soulignant ainsi l'intensification du recours aux drones pour mener des frappes aériennes et l'impact dévastateur de ces armes de haute technologie dans les zones peuplées.[2] Le professeur Roland Marchal, professeur junior au CNRS et rattaché au Centre d'études internationales de Sciences Po, a souligné, lors d'une table ronde organisée par l'École des affaires internationales de Paris le 26 mars, que de tels systèmes sont rares dans la région en raison des ressources financières limitées des parties impliquées. Il a toutefois expliqué que, depuis avril 2023, le conflit se poursuit, alimenté par le soutien d'acteurs extérieurs permettant le transfert d'armes.[3]
Le Dr David Donat Cattin, professeur associé de droit international au Centre des affaires mondiales de l'Université de New York, s'exprimant également lors de l'événement organisé par Sciences Po, a déclaré que les journalistes d'investigation jouent un rôle crucial dans le suivi de l'implication d'acteurs extérieurs. Le 18 mars 2026, Le Monde a révélé que le soutien continu apporté par des acteurs extérieurs, notamment les Émirats arabes unis, facilitait les livraisons de fret par avion au départ des aéroports émiratis. L'enquête a montré que, malgré l'annulation de milliers de vols commerciaux au départ d'Abou Dhabi et de Dubaï en raison des attaques iraniennes contre ces villes-États, les avions-cargos ravitaillant les Forces de soutien rapide au Soudan ont continué d'opérer depuis des bases alternatives, rendant leurs mouvements difficiles à suivre.[4]
Le conflit s'étant étendu à d'autres régions depuis début 2026, notamment au Kordofan, les experts mettent en garde contre un possible « scénario catastrophique » similaire à celui observé à El Fasher, au Darfour, fin octobre 2025, et que la mission d'établissement des faits de l'ONU a depuis conclu porter les « marques d'un génocide ».[5]
Suite au siège d'El Fasher, Médecins Sans Frontières (MSF) a effectué une brève visite en janvier 2026, révélant l'ampleur des destructions et le nombre considérable de victimes parmi la population. Cette visite a confirmé les témoignages de massacres, de tortures, d'enlèvements et d'autres formes de violence perpétrés dans la ville et le long des routes environnantes, tels que rapportés par des patients soignés par MSF ces derniers mois à Tawila, à une soixantaine de kilomètres de là.[6] Mathilde Simon, conseillère en plaidoyer chez MSF et intervenante lors de l'événement organisé par Sciences Po Paris, a souligné que l'accès sur le terrain reste extrêmement difficile au Soudan, limitant à la fois l'aide qui peut être apportée aux survivants et la collecte de données fiables sur l'ampleur réelle des atrocités.
Évoquant les possibilités de responsabilisation dans un conflit façonné non seulement par des dynamiques internes mais aussi par un soutien externe, Rodney Dixon KC, avocat au Temple Garden Chambers et expert en droit pénal international, a souligné l'importance d'enquêter sur les individus et les entités fournissant une assistance logistique et financière, et d'examiner le réseau plus large impliqué.
"Peu importe leur richesse ou leur pouvoir ; ils doivent faire l'objet d'une enquête.« Il a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une démarche politique, mais d’une démarche fondée sur des preuves », a-t-il déclaré. Il a ajouté que les questions de complicité devaient être abordées afin de garantir que les responsables rendent des comptes.
[1] La guerre au Soudan laisse des millions de personnes affamées et déplacées, tandis que le système de santé est au bord de l'effondrement., Nouvelles de l'ONU, 10 janvier 2026.
[2] Guerre au Soudan : plus de 500 civils tués par des frappes de drones depuis janvier, ONU Infos, 24 mars 2026.
[3] Le conflit armé au Soudan : géopolitique, crise humanitaire et droit international, École des affaires internationales de Paris, 26 mars 2026.
[4] N.HOCET BODIN, Malgré la guerre dans le Golfe, les livraisons d'armes émiraties aux paramilitaires soudanais se poursuivent, 18 mars 2026, Le Monde
[5] A/HRC/61/77 : Soudan : Signes de génocide à El-Fasher – Rapport de la mission internationale indépendante d’établissement des faits pour le SoudanConseil des droits de l'homme des Nations Unies, 19 février 2026.
[6] Soudan : MSF a pu atteindre la ville d'El Fasher, en grande partie détruite et désertée., Médecins Sans Frontières, 29 janvier 2026.
