Alors que la guerre israélo-américaine contre l'Iran fait rage au Moyen-Orient, est-il possible que l'Arabie saoudite s'en tire à bon compte ? De nombreux médias semblent l'indiquer, ce qui soulève la question du pourquoi.
Les preuves sont assez claires : jusqu’à présent, les frappes iraniennes contre l’Arabie saoudite ont été moins nombreuses et, du moins dans un premier temps, moins intenses que celles menées contre d’autres pays voisins du Golfe, notamment les Émirats arabes unis et, dans une moindre mesure, le Qatar et le Koweït.
Le BBC Il a été rapporté dès le début du conflit que l'Arabie saoudite et Oman, deux pays qui accueillent depuis longtemps les forces militaires américaines et occidentales, s'en étaient bien mieux sortis que les quatre autres États arabes du Golfe.
An Conseil de l’Atlantique L’analyse note que dans les 48 heures suivant les frappes américano-israéliennes, l’Iran n’a mené que deux attaques contre l’Arabie saoudite, contre plus de 150 missiles et cinq cents drones contre les Émirats arabes unis.
Et un rapport du 1er mars en provenance de Beyrouth par Briser la défense Il a été suggéré que les Émirats arabes unis avaient déjà contré 165 missiles balistiques, 2 missiles de croisière et 541 drones ; le Qatar, 18 projectiles ; le Koweït, 97 missiles balistiques et 283 drones ; et Bahreïn, 45 missiles et 9 drones. L’Arabie saoudite a confirmé avoir reçu des tirs, mais « n’a pas communiqué de chiffres précis », laissant entendre un nombre de frappes inférieur et/ou une moindre transparence, notamment par rapport aux Émirats arabes unis et au Koweït.
Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, et la situation évolue rapidement, mais jusqu'à présent, bien que l'Arabie saoudite ait subi des frappes contre des cibles militaires et de renseignement américaines, il semble que les efforts déployés pour cibler ses principales infrastructures ou ses aéroports civils aient été moindres, contrairement à ses voisins du Golfe. Par ailleurs, les perturbations du trafic aérien civil à destination et en provenance d'Arabie saoudite sont restées relativement faibles. Reuters rapporte que les aéroports saoudiens sont touchés par des déviations et quelques annulations, mais ne figurent pas parmi les aéroports les plus fortement perturbés.
Il n'est pas passé inaperçu que l'Arabie saoudite pourrait se trouver dans une position inhabituelle, tirant profit économiquement de la guerre. La hausse des prix du pétrole qui en résultera sera avantageuse pour le Royaume, compte tenu de son excédent. Elle pourrait également gagner des parts de marché face à l'Iran, étant donné les difficultés d'approvisionnement actuelles de ce dernier. Rien de tout cela ne compromettra les ambitions de l'Arabie saoudite quant au financement de ses projets Vision 2023.
L'Iran tente-t-il de semer la discorde entre l'Arabie saoudite et les autres États du Golfe ? Cela dépend-il d'autres intérêts communs ? Il est probable que cela soit lié à l'ingérence chinoise. accord L'accord conclu entre les deux pays en mars 2023 n'a pas mis fin à la rivalité, il l'a simplement mise en suspens.
Après sept années de rupture, Riyad et Téhéran ont convenu de rouvrir leurs ambassades, de relancer des accords de sécurité restés lettre morte et de cesser de saboter activement les intérêts fondamentaux de l'autre. Pour l'Arabie saoudite, cet accord a permis d'instaurer une région plus sereine pour la Vision 2030 et de sortir de l'impasse yéménite ; pour l'Iran, il a atténué son isolement régional à un moment de fortes tensions internes. Les deux pays ont également indiqué – du moins officiellement – que les attaques par procuration, notamment celles menées par les Houthis dans le nord du Yémen, qui constituent une épine dans le pied de l'Arabie saoudite depuis des décennies, seraient réduites plutôt qu'intensifiées.
Les Houthis constituent un facteur déterminant dans ce conflit. Membres de l'Axe de la Résistance iranienne, ils sont depuis longtemps utilisés par l'Iran pour faire pression sur l'Arabie saoudite. Le soutien iranien aux missiles, aux drones et aux opérations de déstabilisation de la mer Rouge menées par les Houthis a permis à Téhéran de menacer à moindre coût le territoire et les infrastructures énergétiques saoudiennes sans avoir à frapper directement le Royaume.
Mais le rapprochement prudent entre leurs bailleurs de fonds iraniens et leur vieil ennemi a conduit les Houthis à conclure de nouveaux accords avec Riyad : un ensemble d’ententes tacites et écrites concernant les frontières, les revenus et les frappes aériennes, que les Houthis ne sont pas pressés de rompre. On peut supposer que les Iraniens ne souhaitent pas mettre à l’épreuve la loyauté de leurs alliés au regard de ce nouvel arrangement plus avantageux avec Riyad.
À quelque chose malheur est bon, et dans ce cas précis, il semble que les Saoudiens s'en tirent plus facilement que le reste du voisinage, car cela arrange mieux ce vieux triangle d'amour-haine.
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Willy Fautré est le fondateur de Human Rights Without Frontiers (Belgique). Ancien chargé de mission au ministère belge de l'Éducation nationale et au Parlement belge, il est directeur de Human Rights Without Borders, une ONG bruxelloise qu'il a fondée en 2001. Il est cofondateur du Comité Raoul Wallenberg (Belgique).
