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Du « choc » avec Trump au conflit sur l'avenir de l'Afrique

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Du « choc » avec Trump au conflit sur l'avenir de l'Afrique

Par Dionysios Sklyris, journal Vima, Athènes

Le choix du pape Léon XIV de privilégier l'Afrique lors d'un important voyage en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale s'explique par le fait que c'est sur ce continent que se joue l'avenir du christianisme, dans le contexte de la rivalité entre catholiques et protestants. Environ 280 millions de catholiques vivent en Afrique, soit près d'un cinquième de la population du continent et un cinquième des catholiques du monde. De plus, c'est sur ce continent que le catholicisme se propage le plus rapidement, ses principaux concurrents étant les protestants évangéliques et pentecôtistes (bien que la plupart des communautés pentecôtistes en Bulgarie se définissent également comme évangéliques). Pourtant, cette réalité ne se reflète pas suffisamment dans la composition du collège des cardinaux, qui ne compte que 14 Africains. Au Cameroun même, pays visité par le pape après l'Algérie, on dénombre environ 8 millions de catholiques, soit près d'un tiers de la population.

Critique ou légitimation du président Biya ?

À Yaoundé, la capitale, le pape Léon XIII s'est exprimé au palais présidentiel, insistant sur l'importance de l'État de droit et de la transparence des institutions. Nombreux sont ceux qui ont perçu ces propos comme une critique du président Paul Biya, qui, à 93 ans, est le plus vieux chef d'État au monde et dirige le pays depuis 1982 (44 ans au total), après avoir été Premier ministre. Les dernières élections ont été entachées d'allégations de fraude. Récemment, M. Biya a fait adopter des réformes constitutionnelles et créé le poste de vice-président, qu'il souhaiterait vraisemblablement confier à son fils comme futur successeur. Il a également coopéré avec le président américain Donald Trump, acceptant d'accueillir des migrants expulsés.

Dans son discours, le pape, ancien supérieur de l'ordre des Augustins, a évoqué la théologie politique de saint Augustin. Selon cette théologie, le pouvoir doit reposer sur le sens du devoir et de la responsabilité, non sur une volonté de domination, et se caractériser par la miséricorde.

Il est également significatif que le Cameroun soit divisé en une partie francophone et une partie anglophone. Le pape a visité les deux, notamment la ville de Bamenda, chef-lieu de la région anglophone, qui est sous régime militaire en raison d'un conflit séparatiste ayant fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Nombreux sont ceux qui perçoivent la visite du pape comme une forme de légitimation du président Biya*, notamment compte tenu des tensions et des troubles politiques. Parallèlement, le pape a également formulé une critique claire, quoique indirecte, de la corruption. Certaines de ses déclarations sur le sujet n'ont même pas été diffusées à la télévision d'État.

En définitive, sa présence peut être décrite comme un exercice d'équilibre entre la critique et le soutien visant à préserver l'unité du pays.

Contre « l’idolâtrie du profit »

Le pape Léon XIII s'est montré beaucoup plus catégorique dans ses messages universels, poursuivant son dialogue avec Donald Trump. Il a souligné que le monde « a soif de paix », rappelant que la paix est à la fois un don de Dieu et la responsabilité de ceux qui détiennent le pouvoir. Le pape a évoqué la nécessité de prendre soin des plus vulnérables, des jeunes, et de lutter contre les problèmes du chômage, de la drogue et de la prostitution. Il a vivement critiqué ce qu'il a appelé « l'idolâtrie du profit », la contrastant avec la véritable richesse : la jeunesse du Cameroun.

Le professeur Thanasis Papathanasiou, professeur de travail missionnaire à l'Académie théologique d'Athènes, explique que le principal conflit oppose le catholicisme à ce qu'on appelle « l'Évangile de la prospérité », un mouvement qui mêle des éléments africains traditionnels et des idées néo-pentecôtistes américaines et qui met l'accent sur la santé et le bien-être économique immédiats. L'« Évangile de la prospérité » affirme que la réussite économique est une preuve de la faveur divine, tandis que la pauvreté ou la maladie sont imputées aux péchés des individus. Dans cette perspective, il n'existe aucune injustice sociale ni exclusion causée par le système socio-économique, et la responsabilité est reportée sur les pauvres eux-mêmes.

L’Église catholique romaine adopte une position opposée, expliquant théologiquement qu’un tel « évangile », qui ignore la Croix du Christ et la réalité de l’injustice qui règne dans ce monde, est inacceptable. C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre les propos du pape Léon XIII au Cameroun concernant « l’idolâtrie du profit ».

Cependant, cette critique s'adresse aussi à l'administration Trump. Le pape a déjà dénoncé le narcissisme et l'autodéification du pouvoir. Bien qu'en Afrique, cette critique touche indirectement la réalité américaine, où les milieux néo-évangéliques instrumentalisent des constructions théologiques pour justifier le rôle messianique du fort qui écrasera ses adversaires. Le pape nous rappelle que, dans la foi chrétienne, la force ne réside pas dans l'imposition par la force, mais dans « la force de l'impuissance des martyrs » – une position de « désobéissance politique » sans recours à la violence.

Conclusion

Au-delà du conflit personnel avec Trump, un affrontement plus profond se dessine entre différentes visions de l'avenir du christianisme en Afrique – continent qui déterminera probablement son visage au XXIe siècle. Le combat du pape Léon XIII contre « l'idolâtrie du profit » se poursuit lors de ses visites ultérieures en Angola et en Guinée équatoriale.

*Note de l'éditeur: Biya utilise des mises en scène d'État soigneusement orchestrées, telles que des visites dans les capitales régionales (par exemple, Bamenda), pour démontrer son contrôle et cultiver une image de « Fon des Fons » afin de susciter un sentiment de loyauté dans diverses régions.. Elle envisage ces pratiques politiques d'élite en matière d'accueil comme faisant partie du vaste répertoire culturel de la domination patrimoniale, qui met l'accent sur une théâtralisation de la proximité et de l'intimité entre le chef de l'État et son cercle d'élites qui le soutiennent, ces dernières cherchant à obtenir des ressources pour le développement de leurs communautés locales et régionales en échange de leur soutien politique. Sur une ethnographie politique de l'organisation de cérémonies d'État pour aborder les anciens récits théoriques de la politique africaine comme étant hautement patrimoniale et construite sur une complicité sociale entre les dirigeants africains et leurs citoyens – cf. Orock, Rogers Tabe Egbe. « ACCUEILLIR LE « FON DES FONS » : LES ÉLITES ANGLOPHONES ET LA POLITIQUE DE L’ACCUEIL DU CHEF D’ÉTAT DU CAMEROUN ». Africa 84, n° 2 (2014) : 226-45. https://doi.org/10.1017/S0001972013000776Cet article examine les liens patrimoniaux entre le chef de l'État camerounais, Paul Biya, et les élites politiques des communautés ethno-régionales locales qui le soutiennent au sein du Mouvement démocratique populaire camerounais (RDPC) dans le Cameroun anglophone..

Photo illustrative : https://www.pexels.com/photo/roundabout-in-yaounde-in-cameroon-17290974/