Les Frères musulmans, qu'ils soient désignés comme organisation terroriste par les États-Unis ou qu'ils fassent l'objet d'une surveillance accrue et de restrictions en France et en Autriche, sont sous les feux des projecteurs ; l'inquiétude grandit face à leur influence et à leurs ambitions grandissantes. Qu'ils établissent une base arrière dans la Corne de l'Afrique ou qu'ils s'implantent profondément dans la vie locale française, les gouvernements et les services de sécurité tirent la sonnette d'alarme. Mais pour lutter contre les Frères musulmans, il est essentiel de reconnaître qu'ils opèrent de manière très différente d'un continent à l'autre.
L'objectif principal des Frères musulmans est de remodeler les individus, la société et l'État afin qu'ils soient gouvernés conformément à la charia, dans le but ultime d'instaurer un ordre islamique unifié, ou califat. Cependant, les moyens mis en œuvre par les Frères musulmans pour atteindre cet objectif varient selon le territoire qu'ils ambitionnent de transformer. En Europe, où l'islam est une religion largement minoritaire, ils privilégient principalement… fonctionnent comme un réseau socio-religieux et de lobbying diffus en travaillant par le biais d'ONG, de fédérations de mosquées, de groupes de jeunes et d'étudiants, ainsi que de structures caritatives et immobilières. Tandis que dans SoudanDans les pays où l'islam est déjà fondamental dans la vie et la culture nationales, il a historiquement fonctionné comme un mouvement islamiste de masse. intégré au sein du parti au pouvoir, des services de sécurité et aujourd'hui au sein des forces armées soudanaises.
En Europe, la Confrérie n'est pas un parti politique formel ; elle agit plutôt par le biais d'un réseau décentralisé d'associations Coordonnée par des instances faîtières telles que la Fédération des organisations islamiques en Europe et le Conseil européen des musulmans à Bruxelles, et des entités liées comme le Conseil européen de la fatwa et de la recherche, des fédérations de jeunes et d'étudiants (par exemple FEMYSO), et des organismes caritatifs et financiers tels qu'Europe Trust, sa branche soudanaise et ses alliés ont adopté une structure de parti classique, notamment à travers… mouvement islamique qui s’est cristallisé dans les réseaux de Hassan al-Turabi puis dans le Parti du Congrès national (PCN), qui, sous Omar al-Bashir, a effectivement fusionné le parti, l’État et le mouvement.
En ce qui concerne les relations de la Confrérie avec l'État, en Europe elle se positionne généralement comme une interlocuteur de la société civile auprès de l'État, cherchant à être reconnu comme représentant des communautés musulmanes, à accéder aux instances de consultation et à influencer les politiques relatives aux droits religieux, à l'éducation et à la politique étrangère, tout en restant formellement dans le cadre démocratique et juridique. Soudan Il a historiquement agi comme un courant islamiste intégré au sein du gouvernement, façonnant les constitutions, la législation et la politique de sécurité, en particulier pendant le règne de Bashir (1989-2019) lorsque les islamistes alignés sur les Frères musulmans ont pénétré la fonction publique, les services de renseignement et le système judiciaire, et ont conduit à l'islamisation du droit et de l'espace public.
Comment le recours à la coercition par la Confrérie diffère-t-il selon les territoires ? En Europe, Les services de sécurité décrivent un dispositif « étendu et sophistiqué » mais il s'agit d'un réseau largement clandestin axé sur l'influence idéologique, financière et institutionnelle ; il ne contrôle pas ouvertement de branches armées et opère légalement, cependant rapports de renseignement reflètent les préoccupations de l'État concernant l'entrisme, le financement étranger et l'ingénierie sociale à long terme plutôt que la violence immédiate. Au Soudan, Islamistes affiliés aux Frères musulmans ont directement façonné et parfois intégré des organes de coercition : sous Bachir, ils ont joué un rôle central dans la construction d'un État sécuritaire islamiste, et dans le conflit actuel, ils sont largement considérés comme une colonne vertébrale idéologique et organisationnelle de certaines parties des forces armées soudanaises et des milices associées, contribuant à la militarisation et à la mobilisation sectaire.
En Europe, leur stratégie, en termes d'image publique, consiste en une influence « douce » à long terme : construction d'institutions communautaires, contrôle de mosquées et d'écoles islamiques clés, gestion d'organisations étudiantes et féminines, et instrumentalisation des discours antidiscriminatoires et de liberté religieuse pour gagner en légitimité et obtenir des financements, souvent tout en minimisant publiquement leurs objectifs politiques islamistes explicites. Au Soudan, le mouvement a parfois affiché une idéologie plus ouverte, prônant l'application intégrale de la charia et une gouvernance islamiste, et utilisant le pouvoir révolutionnaire puis étatique (notamment par le biais de coups d'État, d'alliances avec des officiers militaires et d'une islamisation légale) pour remodeler l'ordre politique et social du pays.
En Europe, Les réponses des États à la menace islamiste varient.La France et l'Autriche ont durci leur législation, fermé des associations et contrôlé les financements, tandis que le Royaume-Uni et la Belgique font souvent la distinction entre extrémisme violent et islam politique non violent, laissant ainsi une plus grande marge de manœuvre aux groupes liés aux Frères musulmans. Au Soudan, après la chute de Bachir, les réseaux affiliés aux Frères musulmans ont perdu leur pouvoir officiel, mais conservent une influence considérable au sein du régime. Forces armées soudanaiseset dans les sphères sécuritaire et économique, et de nombreux analystes considèrent le démantèlement de ce rôle profondément enraciné comme une condition préalable à une véritable transition civile et à une paix durable. C’est certainement l’intention des États-Unis lorsqu’ils ont désigné les Frères musulmans soudanais comme organisation terroriste cette année. Par ailleurs, cette relation de fusion entre les Frères musulmans et les Forces armées soudanaises n’est pas sans tensions et fractures, comme le montrent les spéculations selon lesquelles Général Burhan Il se pourrait qu'il ait lui-même joué un rôle en coulisses dans la désignation de la Confrérie.
Des signes indiquent que la communauté internationale prend de plus en plus conscience de la menace que représentent les Frères musulmans. Toutefois, il n'est pas encore certain qu'elle comprenne suffisamment les liens entre l'infiltration de la vie civique en Europe et l'ancrage solide de la confrérie au Soudan, région stratégique de la mer Rouge. Il est urgent d'analyser plus en profondeur comment l'utilisation par les Frères musulmans de leur influence douce en Europe et de leur influence coercitive (y compris leur accès aux armes chimiques des forces armées soudanaises) dans la Corne de l'Afrique s'articule, et quelle est la portée de cette menace combinée, notamment dans le contexte du conflit iranien.
