Santé

La Cour constitutionnelle espagnole protège la dénonciation des violations psychiatriques

La Cour constitutionnelle espagnole a refusé d'examiner le recours de la Société espagnole de psychiatrie contre un arrêt de la Cour suprême qui protégeait les critiques fermes formulées par la Commission citoyenne sur les droits de l'homme...

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La Cour constitutionnelle espagnole protège la dénonciation des violations psychiatriques

La Cour constitutionnelle espagnole a refusé d'examiner le recours de la Société espagnole de psychiatrie contre un arrêt de la Cour suprême qui protégeait les critiques formulées par la Commission citoyenne des droits de l'homme et sa branche espagnole. Cette décision confirme un arrêt important en faveur de la liberté d'expression, du contrôle public de la psychiatrie et du droit des organisations de la société civile de dénoncer avec force les abus présumés au sein du système de santé mentale.

An En exclusivité pour le média juridique spécialisé CONFILEGAL, la Cour constitutionnelle espagnole a refusé d’admettre un recours « amparo » (une demande de protection constitutionnelle) introduit par la Société espagnole de psychiatrie contre un jugement qui avait favorisé la Commission citoyenne des droits de l’homme, connue sous le nom de CCHR, et la Comisión Ciudadana de Derechos Humanos de España, CCDH.

Cette décision ne rouvre pas le débat. Elle maintient l'arrêt antérieur de la Cour suprême espagnole, qui a jugé que même les critiques les plus sévères des pratiques psychiatriques et des violations des droits de l'homme sont protégées par la liberté d'expression lorsqu'elles s'inscrivent dans un débat d'intérêt public.

Pour CCHR International et CCDH Espagne, ce résultat dépasse le simple cadre d'une victoire procédurale. Il confirme que les organisations de la société civile, y compris celles qui critiquent vivement les puissants secteurs professionnels, doivent pouvoir exprimer leurs préoccupations concernant l'hospitalisation sans consentement, les médicaments psychotropes, l'électroconvulsivothérapie, la psychochirurgie, l'absence de consentement éclairé et les droits des personnes soumises à des interventions en santé mentale.

Un revers juridique pour les tentatives de faire taire les critiques

Selon Confilegal, la première chambre de la Cour constitutionnelle a jugé irrecevable le recours du SEP, en raison de l'« inexistence manifeste » d'une violation d'un droit fondamental susceptible de protection constitutionnelle. Concrètement, l'arrêt de la Cour suprême de 2024 demeure donc la décision nationale de référence en la matière.

Le différend a débuté lorsque la Société espagnole de psychiatrie a intenté une action en justice contre la CCHR et la CCDH concernant des propos injurieux publiés sur leurs sites internet. La SEP a fait valoir que ces publications portaient atteinte à l'honneur des psychiatres et à celui de l'organisation elle-même. Un tribunal de première instance a initialement fait droit à cet argument et a ordonné le retrait des contenus litigieux.

Mais cette décision a été ultérieurement cassée par le tribunal provincial de Madrid, et la Cour de cassation a confirmé l'arrêt de la cour d'appel. Le message final de la justice est désormais clair : dans les sociétés démocratiques, les critiques publiques des pratiques psychiatriques ne sauraient être censurées sous prétexte qu'elles sont dérangeantes, graves ou qu'elles portent atteinte à la réputation d'une profession.

Le Résumé officiel du système judiciaire espagnol L’arrêt de la Cour suprême stipulait que les publications portaient sur des sujets d’« intérêt général incontestable », notamment les admissions involontaires, les médicaments psychotropes utilisés chez les enfants et les adolescents, les traitements chirurgicaux et les procédures électroconvulsives.

Pourquoi cette décision a des implications au-delà de l'Espagne

Cette affaire survient à un moment où le droit de la santé mentale et la contrainte psychiatrique font l'objet d'un examen de plus en plus minutieux en Europe. La question n'est plus de savoir si les services de santé mentale sont nécessaires : ils le sont. La question est de savoir si les soins peuvent être dispensés dans le plein respect de la dignité, de l'autonomie, du consentement éclairé et du droit de refuser des interventions nuisibles ou non désirées.

Ce débat n'est pas marginal. Il est désormais présent dans les discussions des Nations Unies, de l'Organisation mondiale de la santé et du Conseil de l'Europe. Orientations de l'OMS et du HCDH sur la santé mentale, les droits de l'homme et la législation Ce document appelle les États à réformer leur législation en matière de santé mentale afin de la rendre conforme aux normes relatives aux droits humains. Il insiste fortement sur le consentement éclairé, la capacité juridique, le soutien communautaire et l'élimination des pratiques coercitives.

De même, le système des droits de l'homme des Nations Unies a maintes fois identifié la stigmatisation, la discrimination, le déni de capacité juridique et le traitement forcé comme de graves problèmes de droits humains affectant les usagers des services de santé mentale et les personnes souffrant de handicaps psychosociaux.

Vu dans ce contexte, le jugement espagnol n'est pas simplement un différend entre une association psychiatrique et des organisations liées à ScientologyCela s'inscrit dans une lutte européenne plus large concernant qui a le droit de s'exprimer, qui peut contester le pouvoir institutionnel et si les patients et anciens patients ont des alliés capables de rendre publiques des allégations gênantes.

Le rôle de surveillance de la CCHR placé au cœur du débat public

La CCDH a été co-fondée en 1969 par l'Église de Scientology et le psychiatre Thomas Szasz. Ses détracteurs insistent souvent sur ce lien religieux. Mais les tribunaux espagnols n'ont pas considéré cette affiliation comme un motif de censure. Ils se sont plutôt intéressés au fond et au contexte des publications : s'inscrivaient-elles dans un débat public et traitaient-elles de questions d'importance sociale ?

La réponse donnée par la Cour suprême espagnole était oui.

Ce point est crucial. Dans une société pluraliste, les organisations de surveillance ne perdent pas leur droit à la parole du seul fait que leur vision du monde soit controversée, liée à la religion, impopulaire ou hostile à une profession établie. Ce même principe démocratique protège les syndicats, les associations de patients, les ordres médicaux, les organisations religieuses, les militants pour les droits des personnes handicapées et les ONG de défense des droits humains.

La liberté d'expression est primordiale lorsque les propos contestent l'autorité. Si seules les critiques polies et approuvées par les institutions étaient protégées, la liberté d'expression deviendrait un privilège plutôt qu'un droit.

L'intérêt public, et non le confort professionnel

Les tribunaux n'ont pas jugé nécessaire de qualifier de modérées toutes les expressions employées par la CCHR ou la CCDH. La question juridique portait sur le point de savoir si les publications contestées relevaient d'un débat d'intérêt public protégé.

La Cour suprême a conclu que oui. Elle a relevé que les publications contestées s'inscrivaient dans le cadre d'un débat social en cours sur les pratiques psychiatriques et que les critiques ne visaient pas des personnes identifiables. Cette distinction est importante. Une profession peut être vivement critiquée publiquement sans que chaque membre de cette profession puisse invoquer une diffamation personnelle.

Cela ne signifie pas que les psychiatres n'ont aucun droit. Ils en ont. Cela ne signifie pas non plus que le débat public doive être mené à la légère. Mais cela signifie qu'une association professionnelle ne peut pas instrumentaliser les tribunaux pour neutraliser une campagne de la société civile simplement parce qu'elle présente la profession sous un jour très négatif.

C’est là la principale leçon démocratique à tirer de cette affaire.

Un avertissement pour les institutions de santé mentale en Europe

Cette décision doit également être interprétée comme un avertissement aux institutions de santé mentale à travers l'Europe : les critiques publiques concernant la coercition, la surmédication, la contention, les traitements forcés et les abus institutionnels ne disparaîtront pas par le biais de poursuites judiciaires.

Partout en Europe, le mouvement en faveur de soins de santé mentale fondés sur les droits gagne du terrain. The European Times a déjà signaléLes institutions européennes sont soumises à des pressions pour aligner plus étroitement leur politique de santé mentale sur la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées et sur les normes modernes en matière de droits de l'homme.

Cette pression risque de s'accentuer. Les victimes de maltraitance psychiatrique, les défenseurs des droits des personnes handicapées et les organismes de surveillance indépendants réclament de plus en plus un changement de paradigme, passant des modèles coercitifs à un soutien volontaire, communautaire et centré sur la personne.

La position de la CCHR est inflexible, et de nombreux psychiatres rejettent fermement son langage et ses conclusions. Pourtant, les tribunaux espagnols ont désormais clairement indiqué qu'un désaccord avec la CCHR ne suffit pas à justifier la censure.

Le tribunal a protégé le débat

Le refus de la Cour constitutionnelle d'admettre le recours de la SEP ne tranche pas toutes les questions relatives à la psychiatrie, au droit de la santé mentale ou aux droits des patients. Il a un effet plus limité, mais tout aussi important : il préserve l'espace dans lequel ces questions peuvent être débattues.

Cet espace est essentiel. Sans lui, les familles, les patients, les anciens patients, les minorités religieuses, les ONG et les organisations de surveillance pourraient être exclus des débats dominés par les instances professionnelles et les institutions étatiques.

Pour la CCHR, cette décision renforce sa capacité à continuer de dénoncer ce qu'elle considère comme des abus psychiatriques. Pour l'Espagne, elle conforte une culture constitutionnelle où la critique d'intérêt public bénéficie d'une protection solide. Pour l'Europe, elle rappelle une fois de plus que les droits humains en matière de santé mentale ne peuvent être débattus uniquement par des experts à huis clos.

La responsabilité démocratique exige davantage de voix, et non moins. Les tribunaux espagnols ont désormais affirmé, en substance, que le débat sur la psychiatrie est trop important pour être étouffé.