Les dirigeants européens subissent une pression accrue pour durcir la position commerciale du bloc vis-à-vis de la Chine, alors que les avertissements concernant la surcapacité industrielle, le déficit croissant de biens et la fragilité des secteurs manufacturiers gagnent en importance dans l'agenda de l'UE avant le Conseil européen de juin.
Le débat s'est intensifié dimanche après que Manfred Weber, président du Parti populaire européen (centre-droit), a exhorté l'Europe à agir avec plus de fermeté face à ce qu'il a décrit comme le risque que la concurrence chinoise n'affaiblisse l'industrie européenne. Avertissement le jour même concernant les tensions commerciales entre l'UE et la Chine Cela reflète un changement plus large à Bruxelles : la Chine n'est plus seulement considérée comme un marché d'exportation majeur, mais aussi comme un test de la résilience industrielle de l'Europe.
Un déséquilibre croissant
Les données officielles donnent toute sa force à l'argument politique. Selon Les chiffres du commerce d'Eurostat pour 2025L'UE a exporté pour 199.6 milliards d'euros de marchandises vers la Chine et en a importé pour 559.4 milliards, creusant ainsi un déficit commercial de 359.8 milliards d'euros. Les exportations ont diminué de 6.5 % par rapport à 2024, tandis que les importations ont progressé de 6.4 %.
Cet écart ne concerne pas seulement les spécialistes du commerce. Il est devenu un symbole politique de la vulnérabilité de l'Europe dans des secteurs essentiels à l'emploi, à la politique climatique et à l'autonomie stratégique, notamment les machines, la chimie, l'acier, les batteries et les véhicules. Pour les partisans d'une ligne dure en matière de commerce, ces chiffres montrent que la préférence traditionnelle de l'UE pour un dialogue progressif n'a pas suivi le rythme de l'expansion industrielle chinoise soutenue par l'État.
Pour les gouvernements et les entreprises les plus prudents, le risque est qu'une ligne plus dure n'entraîne une hausse des prix à la consommation, des représailles et ne complique l'accès à un marché qui demeure essentiel pour les exportateurs européens. Le tissu industriel allemand, en particulier, dépend depuis longtemps de la demande chinoise, alors même que les industriels allemands sont désormais confrontés à une concurrence chinoise accrue, tant sur le marché intérieur qu'à l'étranger.
Protection sans panique
Le dilemme de l'UE est de savoir comment défendre ses industries clés sans sombrer dans une guerre commerciale généralisée. Bruxelles a déjà renforcé son recours aux instruments de défense commerciale, notamment les enquêtes et les droits de douane, tout en insistant sur le fait que sa politique à l'égard de la Chine vise à « réduire les risques » plutôt qu'à provoquer un découplage économique total.
L'acier a été l'un des premiers champs de bataille les plus évidents. Comme l'a précédemment rapporté l'European Times, l'UE s'est orientée vers des normes plus strictes. mesures de défense du commerce de l'acier Face à la surcapacité mondiale et aux pressions exercées sur les producteurs européens, des arguments similaires se répandent désormais dans d'autres secteurs industriels. Les décideurs politiques craignent en effet que les importations à bas prix ne saturent les capacités de production nationales avant même que les nouveaux investissements verts et numériques n'aient porté leurs fruits.
Les conséquences humaines sont directes. Les fermetures d'usines et la fragilisation des chaînes d'approvisionnement affectent les travailleurs, les économies régionales et les finances publiques. Parallèlement, des mesures de protection mal conçues risquent d'alourdir le fardeau financier des ménages et des petites entreprises. Le défi pour les institutions de l'UE n'est donc pas seulement de protéger les grands producteurs, mais aussi de démontrer que la politique commerciale peut servir l'intérêt général.
Un test avant le sommet de juin
Cette question devrait être au cœur des discussions précédant le Conseil européen du 18 juin, où les dirigeants seront mis à l'épreuve pour définir jusqu'où ils sont prêts à aller. La France et plusieurs autres États membres ont plaidé pour des instruments plus robustes, tandis que d'autres restent réticents face à des mesures susceptibles de fragmenter le marché unique ou d'exposer les exportateurs à des représailles.
La Chine demeure, selon la terminologie de l'UE, un partenaire, un concurrent et un rival systémique. Cette formule reflète la complexité de la relation, mais ne résout plus le différend politique. L'Europe souhaite accéder aux marchés chinois, coopérer sur le climat et garantir la stabilité du commerce mondial. Elle souhaite également une concurrence loyale, la sécurité des chaînes d'approvisionnement et une protection contre les surcapacités subventionnées.
Les semaines à venir diront si l'UE parviendra à transformer cet exercice d'équilibriste en une stratégie industrielle cohérente. Dans le cas contraire, la pression pourrait se déplacer de Bruxelles vers les capitales nationales, où des gouvernements confrontés à des fermetures d'usines et à la colère des électeurs pourraient être tentés d'agir unilatéralement. Pour l'Europe, la question commerciale prend une dimension plus vaste : le marché unique peut-il protéger sa base productive tout en restant ouvert, légitime et socialement responsable ?
