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Réunion de l'OSCE : la prévention de la torture échoue

Lors d'une réunion de l'OSCE à Vienne, des responsables et des représentants de la société civile ont averti que la prévention de la torture dépendait de garanties, d'un contrôle et d'une responsabilisation.

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Réunion de l'OSCE : la prévention de la torture échoue

La réunion de Vienne entend des appels à des garanties renforcées, à un contrôle indépendant et à la fin de l'impunité.

La troisième réunion supplémentaire de l'OSCE sur la dimension humaine de 2026 s'est ouverte à Vienne sur un constat sans appel : l'interdiction juridique de la torture est absolue, mais son application reste inégale dans la région. Des responsables, des experts et des représentants de la société civile ont appelé à un renforcement des garanties lors des gardes de police, à un contrôle indépendant des lieux de détention, à des méthodes d'interrogatoire non coercitives et à une véritable responsabilisation pour les exactions commises en temps de paix, lors de manifestations et en période de conflit armé.

L’interdiction de la torture est l’une des règles les plus claires du droit international. Pourtant, lors de la troisième réunion supplémentaire de l’OSCE sur la dimension humaine, organisée sous la présidence suisse de l’OSCE avec le soutien du BIDDH, des intervenants ont souligné que ce principe est encore trop souvent bafoué dans la pratique.

La réunion, placée sous le thème « Prévenir la torture et les mauvais traitements : renforcer la coopération et la mise en œuvre », a rassemblé des États participants, des organisations internationales, des institutions nationales de défense des droits humains, des organes de surveillance, des experts juridiques et médicaux, ainsi que des organisations de la société civile. Les discussions ont porté sur la manière de traduire les engagements existants en une protection concrète pour les personnes détenues, notamment durant les premières heures suivant leur arrestation.

L’ambassadeur Rafael Nägeli, représentant permanent de la Suisse auprès de l’OSCE et président du Conseil permanent de l’OSCE, a ouvert la réunion en liant la prévention de la torture aux grandes priorités que sont la démocratie, les droits de l’homme et l’état de droit. Il a déclaré que la torture « ne saurait jamais être justifiée en aucune circonstance » et a averti que l’impunité alimente de nouveaux abus.

La directrice du BIDDH, Maria Telalian, a également souligné que le problème n'est pas seulement d'ordre juridique, mais profondément institutionnel. L'accès à un avocat, un examen médical rapide, la notification des proches, des dossiers de garde précis et un contrôle judiciaire, a-t-elle déclaré, ne sont pas des détails techniques, mais figurent parmi les garanties les plus efficaces contre les abus.

De la loi à la mise en œuvre

Le Conseil ministériel de l'OSCE Décision n° 7/20 relative à la prévention et à l'éradication de la tortureLa résolution adoptée à Tirana en 2020 a constitué un point de référence central tout au long de la réunion. Cette décision a réaffirmé l’interdiction absolue de la torture et a appelé à la mise en place de garanties efficaces, à la responsabilisation des auteurs de torture, à des recours axés sur les victimes et à des mécanismes de prévention dans toute la région de l’OSCE.

Plusieurs intervenants ont toutefois affirmé que le plus grand échec n'est plus l'absence de normes, mais le décalage entre ces normes et leur mise en œuvre.

Barbara Bernath, membre du Sous-comité des Nations Unies pour la prévention de la torture, a souligné que le Protocole facultatif à la Convention contre la torture a contribué à faire évoluer l'approche mondiale d'une logique de réaction vers une logique de prévention. Elle a insisté sur l'importance des mécanismes nationaux de prévention et des visites inopinées dans les lieux de privation de liberté, notamment les prisons, les commissariats, les établissements psychiatriques, les centres d'accueil pour migrants et les foyers d'hébergement.

Parallèlement, elle a averti que les risques de torture demeurent présents dans toute la zone de l'OSCE : lors de conflits armés et d'occupations, en cas de recours excessif à la force lors de manifestations, dans les prisons surpeuplées, lors des procédures migratoires et lors des retours forcés. Aucun État, a-t-elle affirmé, n'est à l'abri de ce risque.

Les premières heures après l'arrestation

La première séance de travail a porté sur les garanties et la responsabilité dans les procédures de justice pénale. Les experts ont souligné à plusieurs reprises que la période suivant immédiatement l'arrestation est l'un des moments les plus dangereux pour un détenu.

Marie Lequin, de l’Association pour la prévention de la torture, a déclaré que la torture survient souvent lorsque des personnes sont coupées du monde extérieur et entièrement dépendantes des autorités qui les détiennent. Les garanties, a-t-elle affirmé, constituent l’« architecture pratique » de la prévention de la torture.

Ces garanties comprennent l'accès à un avocat pendant l'interrogatoire, un examen médical indépendant, le droit d'informer un proche, des informations sur les droits dans une langue que la personne comprend, un contrôle judiciaire, des mécanismes de plainte indépendants, des dossiers de garde précis et l'enregistrement audiovisuel des entretiens.

Lequin a également souligné la nécessité d'adapter les garanties aux personnes les plus vulnérables, notamment les enfants, les personnes handicapées, les ressortissants étrangers, les personnes LGBTIQ+ et les personnes confrontées à des barrières de communication. Elle a rappelé que les droits inscrits dans le texte peuvent rester lettre morte lorsque les avocats sont indisponibles, que l'aide juridictionnelle est insuffisante ou que les personnes détenues ne comprennent pas la portée de leurs renonciations.

Les participants ont également abordé la question des « zones grises » précédant l'enregistrement formel d'une détention. Tatiana Chernobyl, avocate kazakhe spécialisée dans les droits humains, a souligné le risque encouru lorsqu'une personne est de fait privée de liberté sans être encore formellement identifiée comme suspecte. Elle a insisté sur la nécessité d'enregistrer rapidement et de manière fiable le moment de l'arrestation, y compris lors du transfert au poste de police.

S’éloigner d’une justice fondée sur les aveux

L'un des principaux thèmes abordés ce jour-là était le danger des systèmes de justice pénale qui s'appuient trop sur les aveux. Des experts ont averti que lorsque la police, les procureurs ou les juges s'attendent à des aveux, la pression sur les détenus peut s'accroître et le recours à des méthodes coercitives devenir plus probable.

Mark Fallon, ancien responsable des forces de l'ordre fédérales des États-Unis et membre du comité de pilotage de Principes de Méndez pour des entretiens efficacesIl a déclaré que la torture est non seulement illégale, mais aussi stratégiquement contre-productive. S'appuyant sur son expérience après les attentats du 11 septembre 2001, il a soutenu que les interrogatoires coercitifs produisent de mauvaises informations, des hypothèses erronées et portent atteinte durablement à la confiance et à la sécurité publiques.

Les Principes Méndez, adoptés en 2021, promeuvent des entretiens fondés sur le rapport et non coercitif, en s'appuyant sur la science, le droit et l'éthique. Fallon a plaidé pour l'interdiction des pratiques d'interrogatoire trompeuses, l'enregistrement vidéo obligatoire de l'intégralité des entretiens et le recours à des méthodes d'entretien basées sur des preuves.

Des représentants de Dignity et d'autres organisations ont appuyé ce point de vue, soulignant que les systèmes de justice pénale doivent cesser de récompenser les aveux obtenus sous la torture. Les tribunaux, les procureurs et les avocats de la défense ont besoin de procédures claires pour exclure les preuves obtenues par la torture ou de mauvais traitements.

Guerre, manifestations et répression politique

Bien que la réunion ait porté principalement sur des mesures de protection pratiques, de nombreuses interventions ont abordé des situations de conflit armé, de répression politique et de violence liée aux manifestations.

L'Ukraine et plusieurs organisations de la société civile ont accusé la Russie de recourir systématiquement à la torture et aux mauvais traitements contre les prisonniers de guerre et les civils ukrainiens, y compris dans les territoires occupés et par le biais de procédures pénales qualifiées de politiquement motivées. Des intervenants ukrainiens ont appelé à un renforcement des mécanismes internationaux de responsabilisation, notamment par un recours accru aux outils de l'OSCE pour documenter les exactions.

D'autres participants ont exprimé leurs inquiétudes concernant le Bélarus, la Géorgie, la Serbie, l'Ouzbékistan, le Karakalpakstan, la Tchétchénie et d'autres contextes où des détenus, des manifestants, des opposants politiques ou des groupes minoritaires seraient victimes de torture, de mauvais traitements, d'intimidation ou d'enquêtes inefficaces.

Les témoignages des survivants ont également joué un rôle déterminant. Mansoor Adayfi, qui a déclaré avoir été détenu dans un centre de détention secret de la CIA puis à Guantánamo pendant des années sans inculpation ni procès, a soutenu que la torture devait être comprise non seulement comme un abus individuel, mais aussi comme une politique lorsqu'elle est autorisée, financée, documentée et reste impunie.

Surveillance, technologie et responsabilité

La réunion a également examiné le rôle de la technologie dans la prévention des abus. L'enregistrement audiovisuel des entretiens, les dossiers de garde électroniques et les caméras corporelles ont été présentés comme des outils susceptibles de renforcer la transparence. Cependant, les intervenants ont souligné que la technologie ne saurait remplacer la vigilance humaine.

Pour que les caméras corporelles ou les enregistrements électroniques soient pertinents, il est indispensable d'établir des règles claires concernant leur utilisation, le stockage des enregistrements, les personnes autorisées à y accéder et la procédure d'enquête en cas de dysfonctionnement. Sans contrôle indépendant, la technologie peut donner l'illusion de la responsabilité sans pour autant la garantir.

Les mécanismes nationaux de prévention, les institutions de médiation, les observateurs de la société civile, les professionnels de la santé et les avocats de la défense ont tous été identifiés comme des acteurs essentiels dans la détection des abus et la prévention de la transformation des institutions fermées en espaces de secret.

La discussion a également souligné que la prévention de la torture dépend de la volonté politique. La formation des policiers et du personnel pénitentiaire est importante, mais les experts ont affirmé qu'elle doit s'accompagner d'un leadership fort, d'une culture institutionnelle solide et de sanctions en cas de violation.

Un test pour l'état de droit

La première journée de la réunion de l'OSCE a révélé un large consensus sur un point : la prévention de la torture exige plus qu'une interdiction légale. Elle requiert des garanties dès la détention, un contrôle indépendant, des entretiens menés par des professionnels, l'exclusion des preuves viciées, la protection des victimes et des enquêtes crédibles lorsque des agents de l'État sont mis en cause.

Pour la région de l'OSCE, cette question met également à l'épreuve la résilience démocratique. La torture et les mauvais traitements ne nuisent pas seulement aux victimes individuelles ; ils érodent la confiance dans la police, les tribunaux, les gouvernements et les engagements internationaux.

Comme l’a déclaré le directeur du BIDDH aux participants, prévenir la torture témoigne d’un engagement envers la dignité humaine, la justice et l’état de droit. Le défi consiste désormais à savoir si les États participants parviendront à concrétiser cet engagement.

Pour plus d'informations sur les droits de l'homme et la responsabilité démocratique en Europe, consultez The European Times section des droits de l'homme.